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Une place sur la Terre

Ce soir, j'ai regardé le film "Une place sur la Terre" avec Benoît Poelvoorde. C'est un film très sombre.

Un photographe avec du talent qu'il ne peut exprimer. Un enfant délaissé par sa mère et qui considère le photographe sinon comme son père, au moins comme ami. Une étudiante dont la vie et l'entourage sont si cruels qu'elle saute du toit de son immeuble. Une droguée qui ne parvient pas à s'en sortir et que l'étudiante est la seule à essayer de sauver. Le photographe sauve l'étudiante tombée et se découvre une passion pour elle, grâce à elle. Sans le vouloir, sans le savoir, elle l'aide à revenir à la vie. Mais elle ne peut recevoir ce que le photographe a à lui offrir. Elle fuit en Egypte accomplir sa passion pour l'archéologie sur un site sous-marin. Elle se laisse noyer en s'émerveillant devant une statue souriante coulée. Elle survit, mais si peu. Le photographe vient la voir tous les jours à l'hôpital, espérant qu'elle finira par sortir du coma. Elle meurt sans s'être réveillée. Le photographe hurle dans les bois. Le petit garçon lui prend la main pour le soutenir. Le photographe réalise une exposition avec la myriade de photos qu'il a prises de la jeune fille pendant l'année écoulée.

J'ai donc trouvé le film très sombre, désabusé. Les gens proches se détruisent, ne se comprennent pas, se manquent de peu. Le désespoir est omniprésent, étouffant. Il y a juste une brève tache de couleur au milieu du film, quand le photographe commence à revivre grâce à la jeune fille. C'est d'ailleurs l'unique moment où ses photos à lui ne sont pas en noir et blanc.

Plusieurs moments du film m'ont semblé très vrais et ont résonné en moi. La passion fébrile du photographe qui observe la jeune fille au travers de son objectif et de ses photos dont il tapisse un mur. L'enfant qui essaie désespérément d'attirer l'attention, d'abord de sa mère, puis du photographe quand il sent la jeune fille prendre de l'importance. Les disputes de la famille de la jeune fille, où chacun voudrait se rapprocher des autres, mais ne peut s'abaisser à l'admettre et dont l'attitude les écarte brutalement, avec l'absence de toute compréhension mutuelle. Le désespoir de la jeune fille, qu'elle exorcise par une chute en avant: le saut du toit, la fuite en Egypte, la noyade finale. La droguée qui comprend lucidement le désespoir de sa situation, qui s'ébat inutilement dans l'eau pour tenter de s'en sortir, mais que tout le monde sauf la jeune fille enfonce sous la surface.

Il y a cette scène presque surréaliste où le photographe emmène la jeune fille et le petit garçon dans son village natal et où ils s'invitent inopinément à un enterrement. C'est paradoxalement la fameuse tache de couleur du film, le moment où ils sont presque heureux tous les trois, où ils forment presque une famille ensemble.

J'ai remarqué également qu'à aucun moment le photographe ne cesse de vouvoyer la jeune fille. Cela montre bien la distance qu'il s'impose de garder vis-à-vis d'elle. Mais de manière plus importante, je trouve que cela démontre aussi parfaitement le respect et la dévotion qu'il lui voue.

"Nous ne pouvons pas nous quitter comme ça", lui dit le photographe lorsqu'elle s'apprête à fuir en Egypte. Elle lui répond simplement, mais inexorablement, "Vous allez beaucoup me manquer". Je me suis beaucoup attaché à ces personnages sur la durée de ce film, courte fenêtre entrouverte sur leur sombre désespoir. Ils vont aussi beaucoup me manquer.