Le sentier traverse la pelouse. Il oscille tantôt à gauche, tantôt à droite, coupant d'un trait précis et lisse le tapis de brins souples qu'une légère brise agite périodiquement. Une courbe plus prononcée fait disparaître le ruban clair derrière l'amorce d'un bosquet touffu. Ici et là, les racines d'un arbre imposant soulèvent les pavés en formant des vaguelettes élégantes.
Mes mains impriment leur forme dans l'herbe dont je sens les lames tendres caresser mes doigts. L'humidité d'une fine rosée résiduelle imprègne lentement la toile de mon pantalon. Une fourmi agitée explore méthodiquement ma jambe à moitié étendue. J'agite doucement la pointe de mon pied et j'observe les motifs changeants qu'y dessine la dentelle d'ombre et de lumière.
Au-dessus de moi, loin là-haut, flottent des nuages à la silhouette floue. Ils se dirigent paresseusement vers l'horizon que j'imagine au-delà des frondaisons qui bordent l'étendue verte.
Des éclats de voix se font entendre non loin et ma solitude passagère prend abruptement fin.
Demain, je reviendrai.