Jacques court à travers les bois. Les troncs défilent à la périphérie de son champ de vision. Les branches cinglent ses mollets et ses bras. Il préserve son visage par de brusques écarts du torse. Il risque un rapide regard en arrière. Il ne voit plus ses poursuivants. Peut-être a-t-il réussi à les semer? Il débouche soudainement sur une clairière. Voici enfin le sentier qui la traverse. Il peut maintenant allonger ses enjambées. Il vole presque. L'espace dégagé du chemin le met mal à l'aise. On peut sans doute le repérer de loin. Heureusement, voici la vieille tour! Ses ruines croulantes surplombent la route. Jacques se hisse vers une ouverture béante en hauteur en enfonçant ses mains et ses pieds entre les gros moëllons disjoints. La sueur perle à grosses gouttes sur son front. Il se laisse tomber à l'intérieur. Le contraste brutal de la fraîcheur ambiante le fait frissonner. Il hésite un bref instant pendant que ses yeux s'accoutument à la pénombre. Il se rue vers l'escalier en colimaçon. Il grimpe quatre à quatre les degrés, en évitant adroitement les marches défoncées. Le voici en haut de la tour. Il est enfin en sécurité. D'ici, il pourra voir arriver ses ennemis. Et s'ils essaient de prendre la tour, il pourra probablement leur résister longuement. Justement, il les aperçoit en contrebas. Ils ont dû le rejoindre pendant qu'il escaladait la construction. Ils ne semblent pourtant pas essayer de monter. Ils lui font des gestes et l'appellent d'en bas.
– Jacques, descends de là immédiatement! Tu sais que je n'aime pas que tu grimpes sur ces vieilles pierres. La balade est terminée. Papa et moi, nous retournons à la voiture. Allez, viens ici!